Le chanteur et poète Jean Ferrat n’est plus
Poster mars 15, 2010

Le chanteur, compositeur, parolier et poète Jean Ferrat est décédé le 13 mars 2010 à l’âge de 79 ans, des suites d’une mauvaise chute, à l’hôpital d’Aubenas, où il a été admis quelques jours auparavant, alors qu’il souffre d’un cancer. Il habitait dans la commune d’Antraigues-sur-Volane (près de Vals-les-Bains) en Ardèche, la région qui lui a inspiré la chanson « La montagne », enregistrée le 12 novembre 1964 à 9 heures du matin. Il était marié à Christine Sèvres (de son vrai nom : Jacqueline Christine Boissonnet), morte en 1981 à l’âge de 50 ans. Ils ont notamment chanté en duo la chanson « La Matinée » dans les années 60. Depuis ses débuts, Ferrat est entendu comme le poète de chanson française.
Jean Ferrat, de son vrai nom Jean Tenenbaum, est une personnalité assez étrange, qui possède un caractère entier, et qui s’est toujours rebellé contre la classification de chanteur de charme dont on a si souvent voulu l’affubler. Il grondait toujours entre ses dents : « Je ne chante pas pour passer le temps ». Dès ses débuts, il a orienté son inspiration dans des directions antinomiques qu’il a su concilier : la poésie la plus bucolique, à laquelle il a redonné une popularité perdue, l’engagement social (il est toujours en phase avec son temps), et le militantisme du Parti communiste, qui a fortement imprégné ses textes. Dans un esprit de liberté provocatrice, il est allé fort loin (trop fort pour l’époque), jusqu’à se faire interdire d’antenne à la télévision. Mais en même temps, il est entré en dissidence avec le Parti communiste en dénonçant « les staliniens zélés ».
Son père est un joaillier juif déporté par les nazis, et qui est mort à Auschwitz, et il était alors caché par des militants communistes, d’où peut-être cette dette de reconnaissance envers ceux qui l’ont sauvé des griffes de l’ennemi. Dans les années 50, il entre dans une troupe de comédiens, compose quelques chansons, et joue de la guitare dans un orchestre de jazz. Il fait des passages au cabaret sous le nom de Jean Laroche et, ne se décourageant pas, décide de se consacrer exclusivement à la musique. Le jeune guitariste prend ensuite pour pseudonyme Frank Noël, avant d’opter pour Jean Ferrat. Au début, le succès n’était pas du tout au rendez-vous (« Vogue »). C’est surtout la rencontre en 1959 de Gérard Meys, qui devient son éditeur et son ami, qui lance sa carrière. Sa rencontre avec Alain Goraguer s’est avérée également décisive. Ce dernier devient l’arrangeur attitré de ses chansons.
Poète de gauche, Ferrat a annoncé son soutien au front de Gauche pour les élections régionales du 14 mars. Le président Nicolas Sarkozy a adressé un hommage à l’endroit du chanteur. « Farouchement attaché à sa liberté et à son indépendance, il (Ferrat) a toute sa vie pensé et vécu son art comme un artisanat, privilégiant constamment l’authenticité et l’excellence à la facilité consumériste des standards commerciaux », a-t-il réagi.

