Rajery : entre nostalgie et modernité
Poster octobre 13, 2009

Eloignons-nous un peu cette fois-ci des sentiers battus de la musique moderne pour se tourner vers quelque chose de plus traditionnel, plus « underground » si on peut le qualifier ainsi, quoiqu’un peu paradoxal, puisque le genre s’appelle « Musiques du monde » (World music). Le terme sonne à mon sens comme un parfait contresens, puisque les musiques folkloriques sont, je pense, le parfait avatar de l’altermondialisme. Quoi qu’il en soit, le genre mérite d’être connu, dans un monde où la diversité culturelle devient un motto consistant face à la mondialisation et au rouleau compresseur musical anglo-américain.
Voici donc Germain Randrianarisoa, plus connu sous le nom de Rajery « valiha », du nom de l’instrument emblématique de son pays d’origine, Madagascar. Ce pays se trouve au sud-est de l’Afrique, dans l’Océan Indien.
Germain Randrianarisoa est né dans une famille de paysans malgaches. A l’âge de 11 mois, il perd une main à la suite d’un empoisonnement à la viande de bœuf. Malgré cet handicap, et grâce à son opiniâtreté et animé de la « force magique de la musique », il décide à l’âge de 15 ans d’apprendre tout seul la valiha, un instrument originaire d’Indonésie. Au fil des ans, et malgré cette main manquante, il apprivoise toutes les finesses du jeu et débute en 1983, au sein du groupe « Tsilavina ».
Rajery est un auteur, compositeur, interprète autodidacte, d’un rare talent. A Ambohimanga, une des collines saintes qui entourent Antananarivo, la capitale malgache, il a eu une enfance heureuse bercée par les chants d’églises et les musiques folkloriques des Hauts-Plateaux. Son art se nourrit donc des différentes traditions musicales malgaches (salegy, sakalava, betsileo, ou encore betsimikaraka). Ses chansons, écrites dans la langue de son pays, parlent de feux de brousse, des « dahalo », ces voleurs de zébus, des « angano », les contes traditionnels malgaches ou encore des sévices infligés à la terre de Madagascar.
Avec « Tsilavina », Rajery tentera de rajeunir le répertoire traditionnel. Il crée le premier grand orchestre de valiha composé de 23 musiciens. Il rencontre Christian Mousset, l’organisateur du festival des « Musiques Métisses » qui le signe sur son label et lui offre en 1999 l’occasion d’enregistrer son premier CD, « Dorotanety » (feux de brousse).
En 2002, Rajery sera récompensé par le prix RFI-Musiques du monde. Alliant les morceaux de son pays avec des sonorités jazz, il y joue la nostalgie de sa terre et le goût des expériences nouvelles. Les concerts se succèdent et des nouveaux albums s’ensuivent : Fanamby (2001), Volontany (2004) et Saofera (2008). Actuellement, Rajery est un acteur culturel de premier plan. Inlassable promoteur de la valiha, il est devenu l’un des artistes malgaches les plus actifs sur la scène internationale.

